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Noires, les évidences.

 

 

Je perds mes connaissances. Je me vide de moi.

On dit brouillard mental. Ravages cognitifs.

Dissonances intérieures. Allo ! André t’es là ?

Il est là mais pas là. Euh, on l’a absenté.

Son corps est bien vivant, douloureux, fatigué.

Pour le reste il est là, de temps à autre. Parfois.

Il ignore que parfois il se fait fugitif

ignorant où il va, zappant ce qu’on lui dit,

oubliant donc aussi conversations, infos.

La vie est relations. Et la vivacité

qui caractérisait son quotidien, sa verve

lentement se délite comme sable en ses mains.

Tout on me le dit, parfois je m’en rends compte.

Coups de blues en cadeau puis le corps qui subit.

Et mes pensées torpillent le tant peu de quiétude

que pourtant je m’alloue, un bénéfique boost

qui permet le rebond. Et l’implacable blues.

C’est un sacré gaillard le cerveau qui peut tout.

Sacré fouteur de merde, jamais à court d’idées,

inventeur patenté des brouillards quotidiens

et gardien breveté d’imprévisibles brumes.

Mais comment, dites-moi, demeurer clairvoyant

et conserver un rien de ma lucidité ?

Tolérer qui je suis. Rêver de qui j’étais ?

Etre ce que je veux, tout ce dont je rêvais.

Retrouver un chemin au cœur du cataclysme.

 

Un ressenti nouveau. Etre moi mais pas que.

Complétion et ornières. Maîtrise, inhibition.

Ferme et velléitaire. L’assurance et le doute.

Promptitude et lenteur. Audace ou scepticisme.

Je me sens devenir tout moi et mon contraire.

Mais je doute à chaque heure et cherche des repères

que ma mémoire éteinte semble me refuser.

 

Je sens que tu m’observes, je comprends tes questions.

Je réalise alors - retrouvant mes esprits

que c’est toi qui me dit ce à quoi aujourd’hui

malgré tout je ressemble et qui souvent t’agace.

Ne plus être celui que longtemps j’ai été

et aujourd’hui régresse,  me perturbe et me blesse.

Les troubles cognitifs qui lentement me ruinent

sont un-moi si nouveau que je n’habite pas.

 

C’est une nuée noire. Transparente paroi

qui me coupe du monde. Un néant fait de vide.

Contre-pied de la vie. Chevauchée alanguie.

Des pensées indolentes dont l’absence me fouille.

Le racornissement de mes habilités,

lentes altérations de mon habileté.

Embarras d’accepter que souvent je perds pied

dans la gestion banale des tâches quotidiennes.

Dureté de mes mots quand tu veux m’assister.

Ma volonté se tasse dès que tu me suggères

l’une ou l’autre besogne que je n’attendais pas.

Fouillis dans mon esprit devant la lessiveuse,

une télécommande, des procédures neuves,

devant la nouveauté ou les transformations

d’usages quotidiens. Ralenti général.

 

Tout un brouillard. Les idées enterrées…

Parler ? Mots dévoyés. Ou un mot pour un autre.

Converser ? Mais que dire quand j’ai perdu le fil.

Saluer ? Les visages dont j’oublie nom, prénom.

J’oublie l’immédiat, ces questions que je lance

et que je te répète.  Parfois même plusieurs fois

me dis-tu agacée. Puis j’essaie autrement.

Je ne sais plus très bien si je t’ai demandé…

Illusoires efforts. Je me sens agaçant.

Calmement tu me dis que je n’écoute pas,

que j’ignore ce dont tu viens de me parler.

Nous voilà tous les deux accablés, silencieux.

 

L’impression que je coule, que je me saborde

envahit mon esprit. Misérable amertume

de te faire subir tout cela qui te blesse.

Je te sens si triste de la répétition

de ces accrocs absurdes.

 

Et tant d’autres absences. Et tant de vains regrets.

Et tout ce temps perdus de tendresse et d’amour.

 

Mais c’est là qu’aujourd’hui bien souvent je survis.

Et que tu m’accompagnes. Tu connais mes efforts.

J’imagine la force qui chaque jour t’habite.

Toutes ces failles en moi.


Être moi.

Être nous.

Être forts.


Vivre ma faiblesse.

Vivre notre amour.  

Y croire, en vivre.


Panser mes failles.

Poursuivre le chemin

et soigner les blessures.


Accueillir l'amertume. 

Ajuster l'irascible. 

Teinter l'inattendu.


Contre vents et marées 

exister notre vie 

est notre ordre du jour.